Mantchini Traoré, un engagement doublé de culture citoyenne

Engagée, bosseuse, toujours souriante, la Mantch’attitude (comme elle dit souvent) séduit à coup sûr. Matchini Traoré, ingénieure culturelle, et promotrice de plusieurs émissions comme « l’ instant thé » diffusé sur l’ ORTM n’est plus à présenter. Voici pour vous chères lectrices la womanagerstory de Mantchini Traoré.
Qui est Mantchini Traoré ?
Définissez vous en 3 mots.
Bulle d’énergie positive. loolll
Bulle : parce que j’ai mon univers à moi, ma façon de fonctionner et je suis mon propre rythme. Je ne dirai pas que je suis différente, mais je suis juste moi.
Énergie : j’aime être dans l’opérationnel
Positive : je préfère voir le verre toujours à moitié rempli. Dans chaque situation j’essaie de trouver le petit côté positif, même s’il n’existe pas je l’invente (rire). Et surtout je garde toujours le sourire.

Quel est votre parcours ?
Comme j’aime bien le dire, je suis un « pur produit malien ». Je suis née au Mali, j’ai grandi et j’ai fait mes études au Mali, dans des écoles publiques.
Après l’obtention de ma maîtrise en Gestion d’Entreprise à la Faculté des Sciences Juridique et Économique de Bamako et quelques stages dans des banques, compagnie d’assurances et agences de communication, je me suis engagée dans l’action culturelle ; d’abord comme administratrice de plusieurs structures culturelles au Mali, comme Donko Seko et Blonba.
J’ai été consultante en ingénierie culturelle pour différentes organisations, coopérations et manifestations internationales (les Rencontres de la photographie de Bamako).
Dans le cadre du programme d’appui au développement économique et social de la culture financé par l’Union Européenne, j’étais en charge du renforcement de capacités des opérateurs culturels du Mali de 2011 à 2013.
Après un stage au Bureau d’ingénierie Culturel BICFL à Paris en 2013, j’ai rejoint l’équipe de l’Institut français, qui est en charge de la diplomatie culturelle de la France. D’abord en tant que chargée de mission arts visuels en 2014, puis chargée de mission relance des porteurs de projet et depuis 2016, je suis en charge de la production de grandes manifestations telles la Biennale de la danse en Afrique, les représentations françaises à la Triennale de Milan et à la Biennale d’architecture de Venise.
Tout au long de mon parcours, j’ai toujours été socialement engagée. J’ai été membre de plusieurs associations, collectifs et réseaux, notamment le GATT ( Groupe Amadou Toumani Touré) de la Fondation pour l’enfance, l’association Internationale des Étudiants et jeunes diplômés intéressés par les Sciences Économiques et Commerciales (AIESEC), la Jeune Chambre Internationale (JCI – Bamako Elite), le réseau des opérateurs culturels du Mali Kya, Arterial Network et African Crossroads 2018.
Avec des amies passionnées de la culture et engagée pour le développement socio-économique du Mali, nous avons crée en 2007 l’association Cultur’Elles. Elle a pour objectif de faire de la culture et de la communication culturelle un levier de développement économique et social. A cet effet, nous avons initié de nombreux projets, dont le dernier en date est « L’instant Thé ». Un programme télévisé, diffusé sur l’ORTM, qui ambitionne de forger des citoyens actifs à travers des projets de développement participatif, la formation et le coaching des jeunes.
Qu’est-ce qui vous passionne dans l’art ?
Les arts et la culture me passionnent parce que, côtoyer les hommes et femmes de culture est une chance inestimable. Avec leur forte personnalité, Ils sont d’une générosité exceptionnelle.
Le monde de la culture est le seul endroit où je me suis sentie à ma place. C’est un monde accessible à tous quel que soit ton milieu social. Seul ton talent et ta passion comptent. La culture est universelle et transversale. Tout commence par elle et tout se termine par elle. C’est le langage commun.
Quel à été́ le majeur défi dans votre carrière ?
J’ai commencé ma carrière professionnelle très jeune. Au début de ma carrière j’ai été confronté à quelques défis majeurs :
Le premier : comment apprendre un métier qui n’est pas bien connu dans ton pays : l’ingénierie culturelle ?
Quand j’ai obtenu ma Maîtrise en gestion d’entreprise, les réalités du marché de l’emploi au Mali et le hasard m’ont amené vers la culture. Mon premier emploi m’a été donné par Ketly Noel, la chorégraphe et promotrice de l’association DONKO SEKO. C’est là j’ai découvert et aimé le monde de la culture.
J’ai commencé à travailler sur la première édition de « Dense Bamako Danse ». A cette période, le festival théâtre des réalités était le seul qui existait. Donc pour apprendre le métier, pendant mes congés, je partais travailler comme bénévole sur des festivals tels que « Dialogues des Corps au Burkina Faso ». Ne disposant pas de beaucoup de moyens financiers pour payer des nuits d’hôtel, je logeais chez l’habitant.
Après en second lieu : comment faire sa place, dans un milieu majoritairement masculin en son temps, étant femme et jeune ?
Après cette première expérience, j’ai rejoint l’équipe de Blonba, comme administratrice et chargée de production. Je dirigeais une équipe exclusivement composée d’hommes. Ils étaient une quinzaine et n’étaient pas très commode au début. Ça n’a pas été facile mais ça eut le mérite de me forger un peu plus.
Et enfin, comment travailler dans la culture et être en phase avec la société qui la nôtre ?
La société Malienne a tendance à juger certains secteurs inappropriés pour des filles de « bonne famille », la culture en fait partie. J’en ai beaucoup souffert. Dans le cadre de mon travail, il m’arrivait de rentrer tard, voyager, fréquenter des espaces de loisirs et j’ai été traitée de tous les noms.
J’ai dû renoncer à des choses et des personnes auxquelles je tenais.
Pour moi tout défi est une nouvelle opportunité. Oui, une opportunité de plus pour prouver que nous pouvons aller au-delà de ce qu’on croit être notre limite.
Quelle est la recette du succès pour vous ?
La recette du succès est d’arriver à reconstruire un puzzle en prenant le soin de placer ces mots ou groupes de mots à leur place : le travail, la confiance en soi, la détermination, la persévérance, la passion, la vision et la prise de risque.
Le succès ne pourrait s’inscrire dans le temps que s’il est collectif. Dans cette vie nous sommes interdépendants. Il faut savoir s’entourer, laisser de la place aux autres et les valoriser, tout en restant honnête et juste.
Il faut rester conscient du fait que nous ne sommes que des êtres humains et que tous les paramètres ne dépendent pas forcément de nous.
Quel que soit ce que nous fassions les choses resteront toujours fragiles. Alors il faut savoir relativiser et être prêt à tout reconstruire quand ça s’écroule.
Quels sont vos conseils pour nos lectrices ?
Le rêve est la seule chose permise à tous. Alors il faut rêver grand et se donner les moyens de les réaliser. Nous avons des parcours différents et chacun est le résultat de son chemin parcouru.
Donc il faut se concentrer sur ses objectifs et prendre le temps nécessaire pour les atteindre. Chacun a son rythme, le plus important c’est d’y croire et d’avoir la détermination qu’il faut.
Comment vous voyez vous dans 5 ans?Mots de la fin
Dans 5 ans, je me vois de retour au Mali, à la tête d’une structure qui couvrira deux volets qui me tiennent à cœur : l’ingénierie culture et l’autonomisation de la jeunesse.