Aminata Sacko, la capitaine de l’équipe du Mali féminine de football, nous parle de ses 25 ans de carrières !

Pour la journée internationale du sport féminin, le 24 janvier, nous sommes allés à la rencontre de la capitaine de l’équipe du Mali féminine de football, Aminata Sacko. Elle nous dit tout sur ces 25 ans de carrière dans le sport féminin.

Parlez-nous de vous ?

Je suis Aminata Sacko, je suis la capitaine de l’équipe du Mali  féminine de football. Mais parallèlement au football, je suis professeure de couture au centre de formation « moussodèmè ».

Parlez-nous de votre carrière de footballeuse.

J’ai commencé à jouer au football en 1995, au « super club de quizambougou (un quartier Bamakois). Ensuite j’ai intégré le club « super lionne d’Hamdallaye ». Vers les années 2000 j’ai intégré l’équipe nationale féminine de football. Je joue dans l’axe à la défense. Et c’est en 2016 que j’ai commencé à porter le brassard de capitaine de l’équipe nationale.

Depuis toute petite, je suis passionnée par le football, à l’époque on me disait que ce sport n’était pas réservé aux femmes mais uniquement aux hommes. J’ai participé aux jeux Africains en 2003, à la coupe des 5 nations, à la FEBA. De 2004 à 2010 j’ai participé via l’équipe nationale à plusieurs Coupes d’Afrique des Nations pour les femmes. J’ai aussi participé à des championnats nationaux comme la coupe du Mali. Je comptabilise à ce jour  25 ans de carrières dans le football.

Quels ont été vos défis ?

Tout récemment, j’ai fait face à un défi. Je n’ai pas pu participer à la CAN féminine 2018 à cause d’un problème de passeport. J’avais des problèmes administratifs, et il fallait que la fédération intervienne pour m’aider à les régler. Mais ils n’ont pas voulu, ils ont dit que c’était à nous (joueuses) de régler les paperasseries administratives, payer pour les passeports. Mais malheureusement faute de moyens, je n’ai pas pu participer à la CAN. Et nous étions plusieurs dans ce  cas.

Mais le défi majeur était le refus total de ma famille de  me laisser jouer au football. Une petite anecdote, les soirs quand je venais des entrainements, je trouvais mon oncle avec un fouet à la main. J’étais bastonnée chaque fois, que je jouais au football. Dans notre société, il n’est pas vu d’un bon œil qu’une fille joue au football. Ce qui est vraiment dommage. Le sport n’a pas de sexe, c’est un univers ouvert à tous sans distinction de race, d’origine, de sexe, d’orientation sexuelle.

Creditphoto: AbamakoNews

Quelles sont vos perspectives d’avenir concernant le football ?

En ce qui concerne ma carrière, elle touche presqu’à sa fin. Maintenant j’ambitionne de me former au métier « d’entraineur ». Donc même après ma carrière de footballeuse je pourrais continuer à pratiquer ce sport d’une autre manière. Et aussi je voudrais partager mon expérience de footballeuse avec d’autres jeunes femmes.

Quels sont vos conseils pour les jeunes filles qui veulent embrasser une carrière de footballeuse ?

Je veux que les jeunes filles sachent que jouer au football n’est pas mal, ce n’est pas un crime. Ce sport est une ouverture au monde, à d’autres cultures. Il permet d’étendre son réseau et faire des découvertes incroyables. Et surtout, le football n’empêche personne de suivre ses études. C’est un univers qui nous ouvre des portes, qui nous offre des milliers d’opportunités et non un domaine qui limite les perspectives. Et il nous permet d’être en bonne santé.

Photocredit: MaliFoot

Vos mots de la fin

Je lance mon appel aux autorités et à la fédération. Il est temps que les joueuses de l’équipe féminine soient traitées sur le même pied d’égalité que les joueurs de l’équipe masculine. Il est temps de valoriser le football féminin. En Europe par exemple, c’est très développé. Récemment trois de nos joueuses ont intégrés des clubs internationaux. Nous jouons pour l’équipe nationale, et nous méritons les mêmes privilèges que les hommes.

La spoliation des espaces publics de sport est un problème auquel on fait face chez nous. Et nous avons ce problème actuellement. Quelqu’un veut s’accaparer du terrain sur lequel nous jouons depuis une décennie. Je demande l’aide des autorités compétentes pour résoudre ce problème. Jouer au football est notre passion et on veut continuer à y jouer sur notre terrain.